vendredi 5 août 2016

Chronique d'été





Je repense à ma grand mère me disant de passer de bonnes fêtes, et malgré ses intentions, je sentais l'inquiétude transparaitre dans sa voix. Elle finit par lâcher : « Sois prudente quand-même ».
C’était la première fois qu'elle était aussi grave en parlant d'une soirée arrosée. « Ne t'inquiètes pas, je serai sage, il ne faut pas prendre les menaces terroristes au pied de la lettre ». Lui disais-je pour la rassurer. J'ajoutais sincèrement et pour modérer la paranoïa ambiante « Puis, à Bayonne, j'ai plus de chance de me faire violer que de me faire sauter par une bombe ». Elle sourit. Jaune.

Pourtant, cette année encore, plusieurs agressions sexistes et viols ont été dénoncés. Sans compter ceux qui sont passé sous silence. Bref, afin d'accuser ces attaques, un rassemblement a été organisé à la mairie de Bayonne.




C'est là que s'est déroulé le drame personnel. Une femme que je ne connais pas m'a regardée de haut en bas. Un air de dédain s'est affiché sur son visage. Puis une autre en a fait de même. Elles étaient toutes deux plus âgées que moi : mères de famille ou grand mères, militantes féministes, dénonçant des attaques machistes. Elles m'avaient filtrée au scanner, m'avaient fait passer le test du code vestimentaire de l'activiste féministe. J'avais de toute évidence, échoué.
Pourtant, ni mon short, ni mon décolleté plongeant ni mon rose à lèvres n'étaient sensés les provoquer ou montrer un désengagement de ma part. Je ne rejetais personne. Si j'étais là-bas, c'était pour la même raison qu'elles. Ce n'était pas à cet endroit que j'espérais me prendre une réflexion mal placée et méprisante en travers la gueule. Je me suis sentie en l'espace de vingt secondes, réduite à un objet. J'avais très bien compris ce que ces femmes féministes voyaient en moi : une pouffiasse.


Je sais qu'il y a plusieurs formes de féminisme, que beaucoup se contredisent. Mais celles et ceux qui me jugent pour mes vêtements, je les emmerde. Je me suis sentie bercée par une douce ironie et par un énorme contre-sens : c'est au sein d'un groupe qui dénonce les attaques sexistes qu'on m'a fait comprendre que j'étais trop féminine pour me sentir à ma place.
Je sais aussi que certain(e)s disent que s'habiller tel que je le fais est d'accepter une mode imposée par les hommes, d'agréer de rentrer dans des normes machistes, capitalistes et que j'en deviens soit un produit complètement façonné par notre système, soit une femme maso prête à me plier sous le poids de la pression sociale. Bla, bla, bla...
Cependant, je n'ai plus quatorze ans et ai assez de recul sur moi-même pour m'habiller en parfaite conscience. Je me contrefous de ne pas plaire, sauf à moi. Je cherche à me sentir assez à l'aise avec ma propre image (même si encore bien trop souvent, je déteste ce qu'elle me renvoie). Je croyais (et continue de le penser) que l'une des valeurs du féminisme était celle-ci : que les femmes s'acceptent, se sentent bien dans leur corps et qu'elles emmerdent ceux qui les méprisent et les prennent de haut. Peu importe comment. 



Je ne tombe pas de la dernière pluie, je ne suis finalement pas surprise par ce genre d'attitude, même (surtout?!) dans ce milieu. J'ai tellement de fois été honnie et jugée par des militants quand je riais trop fort, quand je portais des vêtements trop roses ou que j'embrassais trop de garçons, que j'ai fini par m'éloigner et me détourner d'eux. Au lieu de m'intéresser à une cause qui à l'origine me semblait juste, j'ai fini par détester les gens qui se sont accaparé, ont détourné une idée et l'ont façonnée à leur image. N'acceptant jamais la différence d'autrui, ils ne prenaient en compte que leur propre différence.

La lutte féministe (elle aussi) a encore beaucoup de boulot devant elle...