jeudi 5 avril 2018

Lettre à l'ado que j'étais





Idoia,

Si je ne me trompe pas tu es en 3ème et as vécu tes premiers émois au concert de Kyo (le batteur t'a fait “coucou” oui, je m'en souviens), tu chantes l'album Bidean de Ken Zazpi avec tes copines en rêvant secrètement de I. de 3.A. Tu es encore traumatisée car les garçons ont arraché le poster de Drazic que vous aviez affiché dans la classe et qu'ils lui aient dessiné une croix gammée sur le front. Tu n'écoutes pas en cours de maths car tu es trop occupée a gommer les culs en string que dessine T. sur ton cahier ou à écrire des petits mots à M. au sujet d'une bande de garçons de la plage, des abdos de je ne sais quel volleyeur et du potentiel de sexytude de Mallefoy et de Harry Potter. De l'extérieur, il semblerait que vous ayez les hormones qui vous travaillent beaucoup, à toi et ta petite bande. Tu n'aimes pas qu'on te prenne pour une fille superficielle, qu'on se moque de tes Converses dans ton dos, même si tu admets avoir passé quatre heures au téléphone avec ta meilleure amie pour savoir quoi mettre dans la valise de ton voyage scolaire à Londres, deux mois avant le départ. Tu t'es disputé avec A. l'an dernier et ça a été ta première vraie rupture, vous ne vous reparlerez plus jamais, et le fait d'y penser encore aujourd'hui prouve que tu t'étais entièrement et surement trop engagée dans cette amitié, finalement, comme dans tes relations, en général.
Je vais te dire,
Tout d'abord, tes gouts musicaux sont douteux et ne s'arrangeront pas dans les années qui suivront. Je ne peux pas renier ce que tu aimes, car je danserai dessus volontiers dès que j'aurai trois verres dans le nez mais bon... Tu connais plein d'autres choses, tu t’intéresses à plein d'artistes, mais tu n'as encore trouvé personne à qui en parler. Malheureusement, ça empirera, car bientôt, dans deux ans, tu feras ta baboche, tu écouteras du Tryo en sarouel dans l'herbe avec tes amis du lycée. La honte. 

Puis, tes inquiétudes semblant surtout se matérialiser dans la quête du parfait Clark Kent qui fera vibrer la Lana Lang qui vit en toi, je ne ferai pas durer le suspens plus longtemps : même si le petit copain idéal (bad boy au cœur tendre avec un skate sous le bras, un piercing à l'arcade...) n'existe pas, oui, tu auras des soupirants. Non tu n'es pas un monstre détestable et oui tu es digne d'intérêt. Arrête de t'identifier à des personnes à qui tu ne ressembles pas, je t'assure qu'il t'arrivera assez de choses pour que tu finisse par t'asseoir sur tes principes. D'ailleurs : tu es bourrée de principes. C'est vrai que pour ton jeune age, il y a des choses que tu as bien mieux compris que d'autres. Tu as le sens de l'injustice aigu et tu n'hésites pas à t'insurger. Mais tu es lourde parfois. Tu te dis athée et tu as pourtant une vision du monde ultra catho, je ne sais pas d'où ça te vient. La monogamie, la fête, les drogues, les tatouages, l'idée que tu te fais de certaines personnes... détends-toi, car, finalement, au moins une fois, tu ne respecteras pas ce que tu t'es infligée comme ligne de conduite. Aujourd'hui tu ne t'imposes plus beaucoup de règles préétablies et tu ne dors pour autant pas sur un matelas recouvert de pisse dans une usine désaffectée, une seringue au bras, des chiens dévorant les cadavres de tes camarades morts de froid dans la nuit (quelle douce et fantaisiste imagination tu as...). 

La colère est toujours là mais tu en as conscience. Tu la domptes, même si elle est coriace. Tu sais quoi ? Je dois te dire quelque chose qui te fera plaisir du haut de tes quatorze ans : Tu as raison.
Si tu sens que l'on te cache quelque chose, que tu te construis sur un mensonge, ce n'est pas pour rien : c'est le cas. Il faudra malheureusement que tu attendes encore bien longtemps pour comprendre l'origine de tes crises de colères, de l'instabilité de ta relation avec tes parents, de ton besoin absolu de vérité et de pureté mais ce n'est pas de ta faute. Tes réactions ont souvent été disproportionnées et tu en fais voir de toutes les couleurs à ta mère et ta grand mère. Cette dernière n'en a pas fini et toi non plus avec elle. C'est dommage, vous avez commencé à vous calmer et à comprendre qu'être ensemble était précieux beaucoup trop tard. Je peux te dire que ton attitude est nulle mais tu le sais, tu n'en n'es pas fière. Tu n'es pas encore prête à te remettre en question et de toutes façons, tant que tu n'as pas toutes les cartes en mains, je crois que ça ne sert à rien. Ça viendra, la bestiole qui est en nous, on réussira à la dompter un jour, pour l'instant elle ressort lorsqu'on est bourrées. (Je suis navrée de t'apprendre que tes longs discours de Amish anti alcool se casseront la gueule une fois arrivée au lycée). 

Autre aspect sur lequel je t'admire avec du recul, c'est ta lucidité pour comprendre les situations et saisir les gens. Tu sens rapidement à qui tu as à faire et tu te tromperas rarement au sujet de ceux qui t'entourent. Tu vois les gens que tu ne supportes pas maintenant ? A l'excepté d'une ou deux personnes, tu ne les supporteras pas dans quinze ans. En revanche lorsque tu te tromperas, ce sera avec force et violence, des grosses erreurs de jugement qui t'aveugleront et te donneront le goût de sang dans la bouche, qui te feront flirter avec la névrose et la passion dévastatrice. Ca s'arrangera, ça ainsi les moments de solitude, de faiblesse et d'impuissance que tu peux ressentir parfois, ce n'est pas un état permanent. Je sais, c'est bien facile à dire, mais tu n'es pas seule et tu es aimée. C'est lorsque je regarde ce qu'on a traversé, que je me dis qu'on s'en est sorties que je sais que je suis capable d'avancer. 

Enfin, j'ai une mauvaise nouvelle concernant ton image. Les années qui viennent seront plus difficiles encore pour t'intégrer et faire l'unanimité au sein d'un groupe ou d'une communauté. On te fera quotidiennement sentir qu'on te prend pour une conne, une coquille vide, une fille frivole prétentieuse et hautaine qui a peu de centres d'intérêt hormis le maquillage et assortir ses vêtements roses. Je sais que tu te dis « les cons, je les emmerde » et tu as raison. C'est comme ça que tu continueras à réfléchir, jusqu'au moins aux jours où j'écris ces lignes. Tu es mal tombée, tu as croisé des gens pas sympas qui t'ont pris de haut. Paradoxalement, c'est à cette période que tu feras les plus belles rencontres de ta vie et que tu lieras les amitiés les plus solides et constantes de la décennie (et demi) à venir. Dans quelques années, crois-le ou non, mais des gens seront ravis de parler avec toi de ce qui te plait, de ce qui t'émeut. Ton opinion intéressera et comptera. Cultive ton originalité, ta particularité, c'est ça qui te permettra de faire des rencontres riches et improbables. Tu es entière, tu fais les choses avec passion, et c'est tout en ton honneur, même si parfois tu défends tes idées un peu trop fort.

Pour finir, je voudrais te rassurer, te dire que tu es pleine de ressources, vraiment. Avec du recul, je sais bien que cette carapace de grande gueule pleine de principes nous a permis de tenir le coup et de filer droit, c'est une autodiscipline remarquable et je te remercie, car je ne serais pas aussi bien dans mes bottes si tu ne les avais pas portées avec autant de droiture. Je me demande souvent comment tu me verrais de tes yeux d'ado et j'espère que je ne te déçois pas trop. Les années qui viennent, tu vas beaucoup pleurer mais beaucoup plus rire. Tu vas te lancer des défis et te surpasser, te surprendre régulièrement. Non, tu ne deviendras pas chanteuse-actrice-machin, mais je crois qu'on peut être fières de notre parcours. Tu te souviens de la fois, petite, où tata Josée nous avait demandé ce que nous voulions faire dans la vie et que nous lui avions répondu « professeure et écrivaine » ? Ben, si on y réfléchit un peu, on n'est pas loin-loin.

P.S : La pâte fimo pour faire des perles pour cheveux, c'est beurk.
P.S.2 : Respecte tes profs de basque, tu risques de les recroiser régulièrement.
P.S.3 : EHZ 2006 : les txupit de vodka et le Nutella, ne se marient pas. Tu es avertie...
P.S.4 : Ta mère a raison, t'es jolie, souris!

mardi 10 octobre 2017

Une domination sans partage


(Je n'ai pas trouvé d'image pour illustrer cet article, du coup, je mets un peu
 de tout pour racoler les gens, parce que je sais que l'article est long, long, looong)

I- Les faits.
Je suis blanche. Selon mes papiers, je suis de nationalité française. J'aime m'exprimer en langue française à l'écrit et à l'oral. C'est ma langue maternelle.
Pourtant très tôt sur ma route, j'ai eu la chance de croiser une autre culture. Par un heureux hasard, j'ai appris une autre langue, j'ai découvert des savoirs différents de ceux que connaissait ma mère. A l'école, avec mes meilleurs amis, avec une partie de ma famille, je ne parlais pas français. Lorsque j'ai eu l'age de faire mes propres choix, j'ai décidé de continuer à vivre dans ce milieu culturel, de m'impliquer dans les mouvements associatifs qui me faisaient frémir et de travailler dans la transmission de cette culture. Ce que mes parents m'ont au début imposé (Je n'ai effectivement jamais décidé des langues que je parlerais dans ma petite enfance) est finalement devenu une partie de moi si importante qu'elle a pris le dessus sur mon identité française officielle.

J'ai grandi avec une double culture, la belle affaire, me direz-vous. 


II- La loose.
Sauf que « l'autre » langue, celle que je transporte à côté du français, n'est pas l'anglais. Ce n'est pas une culture glamour que l'on entend dans toutes les radios et dont les portes-paroles sont sur-représentés dans les journaux, les télés, les pubs... J'ai appris le basque avant l'age de deux ans et je m'immerge dans sa culture depuis. Ca fait tout de suite moins rêver, n'est-ce pas? Je ne compte pas le nombre de fois où l'on m'a demandé à quoi ça servait de parler basque. Ou si l'on ne m'apprenait pas à devenir terroriste dans mon école de « baskoi »... C'est de l'humour, je sais bien que les gens qui ne connaissent pas ont tendance à dire n'importe quoi pour étouffer le malaise. Mais tout de même, pourquoi un malaise ? Depuis quand une culture, une langue, a plus d'intérêt qu'une autre ? De quel droit des gens se permettent de se foutre de ma gueule lorsque je parle basque avec mes amis dans la rue ? Pourquoi, quand je dis que je suis professeure de basque, je ressens souvent le besoin de me justifier, comme si mon interlocuteur avait le droit de s'autoriser à dénigrer mon métier? C'est une matière aussi noble que les mathématiques ou le français. J'ai eu mon diplôme comme tous les autres.
Lorsqu'on fait une remarque sur notre culture, notre façon de nous exprimer, nos engagements quotidiens, c'est une humiliation que l'on fait subir. Me parler de piment d'Espelette ou prendre un accent qui fait penser à un plouc analphabète (d'ailleurs, cet accent me dérange bien moins que celui du Parisien totalement normalisé) ou me faire une référence à Jean-Pascal De Lastarak (big up mec...) quand je dis que je suis basque, c'est rabaissant et restrictif.
Oui, dire « baskoi », c'est raciste. Oui, me demander à quoi ça sert de parler basque c'est une discrimination. Oui, essayer de me faire comprendre que les activités culturelles dans lesquelles je m'engage sont sectaires alors que l'on n'y a jamais participé c'est réducteur et dédaigneux. Ca te choque de traiter un noir de « négro » ? De dire à un juif qu'il a le nez crochu ? De demander aux asiatiques si c'est vrai qu'ils ont tous une petite bite ? Si c'est le cas, dis toi que je parle de la même chose. Une langue minoritaire mérite le même respect que n'importe quelle autre.


(J'ai lu la moitié. Je ferme la page? Je continue?)
III- La schizophrénie.
Evidemment grandir et vivre à cheval entre deux cultures provoque un certain conflit intérieur.
Surtout lorsque l'une est nettement plus représentée et valorisée que l'autre.
Comme je l'ai dit plus haut, je n'ai rien contre le français. C'est la langue dans laquelle je me sens aujourd'hui la plus à l'aise et sa culture est riche et passionnante à mes yeux. No problem pour moi. Pourtant, je ne me sens pas française.
Je n'ai pas à me justifier. Ni auprès de ceux qui seront assez étroits d'esprit pour estimer que je fais « un petit discours indépendantiste dangereux », ni auprès de ceux qui ne me considèrent pas assez « basque » pour me revendiquer comme telle.
Car, oui, ça existe. Mais ça peut s'expliquer. A force d'être rejetée, une personne devient suspicieuse et se referme. Ce qui est très drôle dans cette histoire, (drôle dans le sens « curieux » du terme et pas « désopilant ») c'est que certains dans mon entourage basque m'ont fait ressentir que j'étais trop française. Un niveau de langue pas assez bon, une culture superficielle, un engagement sommaire, un style vestimentaire pas assez identifié... Le moindre détail était assez bon pour me le renvoyer à la figure et me faire complexer.
Du regard d'un français, je suis donc une réac aux idées arriérées tout juste utile pour filer une recette de poulet basquaise ou pour enseigner à assembler deux câbles à une pile pour faire une bombe (je ne sais faire ni l'un ni l'autre...) et du regard d'un basque, je suis frivole, superficielle et peu impliquée.

IV- Le dénouement (il était temps)
Je sais heureusement que je ne suis pas la seule dans ma situation. Grandir avec deux cultures, dont une qui écrase l'autre n'est pas que mon problème. Je ne laisserai personne remettre mes idées et ce qui touche ma personnalité en question, quel que soit son point de vue.
Et si tu te demandes pourquoi j'écris en français avec tout ce que je prétends, peut-être que tu n'as rien compris. Nous vivons dans un contexte et un lieu complexe et paradoxal. C'est peut-être le reflet de l'une de mes nombreuses contradictions. C'est peut-être aussi, le seul moyen que j'ai trouvé pour m'exprimer et m'affirmer avec clarté, quitte à subir encore une fois, les reproches d'imposture et de non-valeur.


(Bravo, tu as survécu!à ce flot de paroles Ouuuf!)

samedi 15 avril 2017

Le vote utile ne passera pas par moi




« Quoi, mais tu vas voter pour un type qui ne passera pas la barre des 2% aux élections ? Mais c'est n'importe quoi, ça sert à rien ! Il faut faire barrage à Le Pen ! »


J'ai beaucoup de mal à supporter l'étiquette de la citoyenne française, mais vivant sous les lois de cet état je ne suis pas indifférente. J'ai tendance à détester les politiciens et toute la foire médiatique qui les entoure. De plus, mes connaissances à ce sujet sont limitées, minuscules voire quasi inexistantes. Je ne connais rien à l'économie, je déteste les études de marché et les stratégies de relations internationales mais j'ai une opinion.
Je ne prétends pas que mon opinion est meilleure que celle de quelqu'un d'autre, mais j'ai des convictions, des idées qui m'habitent, des luttes que je veux défendre.
Evidemment comme l'opinion publique en général, je gerbe sur Marine Le Pen et son discours de haine. Evidemment que je serais affligée si elle était à la tête de l'état. Mais pas plus qu'un Fillon. Discours haineux, mépris, racisme, discrimination, corruption... Je ne choisirai pas entre la peste et le choléra. Il y en a plus ou moins trois autres, plus ou moins à gauche à qui je pourrais donner ma voie afin que mon vote soit utile.
Je ne partage pas leurs idées. 

Mes idées convergent vers un petit parti et je veux montrer que d'autres vérités sont possibles. Alors quoi ? Au nom du grand méchant Loup Le Pen, je devrais laisser mes convictions de côté pour voter pour quelqu'un qui ne me convainc que très faiblement ?
Nous en sommes réduits à cette démocratie? Nous en sommes réduits à motiver nos votes par la peur ? La menace du pire a réussi à nous faire voter pour quelque chose de médiocre car nous nous sentons en danger, sous pression. Je ne jouerai pas à ce jeu là.
Il y a bien longtemps que j'ai compris que la belle « démocratie », sous cette forme n'était qu'une grosse blague, que nous ne changerions rien en votant, car le système est assez sournois pour que les choses restent telles qu'elles sont : injustes.

Lorsqu'on ne vote pas, par idée, par conviction, on passe pour un gros salaud, pire qu'un violeur d'enfants ou un tueur de bébés phoques (« non mais tu sais que des gens sont morts pour que tu puisse voter? »). Avec ces gens là, ces traitres à la nation, on est décomplexés, consensuellement on est d'accord qu'on peut les insulter oklm.
Un cap a été franchi. A présent, sous l'intimidation nous nous sentons obligés de voter « utile » pour que des politiciens pourris jusqu'à la moelle s'installent confortablement sur leur fauteuil en haut de leur tour dorée, et pour qu'ils nous observent nous déchirer autour de débats creux et sans fond, au nom de notre douce liberté.
Liberté, laisse-moi rire.



mercredi 14 septembre 2016

Informations concernant le livre Etats de Crises

Bonjour à tous,

Le livre Etats de Crises (recueil de nouvelles rédigé par mes soins) sera en vente à partir du 16 septembre 2016 dans divers points de ventes.
Si vous êtes trop loin et que vous désirez tout de même l'acheter, sur le blog (regardez la colonne en haut à droite... Coucou c'est par ici!) Le paiement est sécurisé via Paypal, no panic, il n'y a pas d'embrouille! Si vous avez un compte, vous pouvez payer via Paypal, sinon, vous pouvez le faire par carte. Le prix du livre est de 10,99 euros, et les frais de port de 2,99 euros.

Je vous informerai des différents points de ventes au fur et à mesure ici, sur le blog.

A très vite!






vendredi 15 avril 2016

Je me lance dans l'autoédition

http://www.kisskissbankbank.com/etats-de-crises-le-livre?ref=category
















Je me lance! Je tente l'aventure du crowdfunding afin de récolter des fonds pour publier mon futur livre. Bientôt, vous pourrez me lire sur la plage, dans l'avion, sur un banc, en tout cas, sur des vraies feuilles papier...
Le livre sortira en septembre, d'ici là, il y aura beaucoup de travail...
Ce sera un recueil de nouvelles. Certaines sont déjà apparues ici, d'autres, la majorité, n'ont jamais été diffusées.
Bien sur, je continuerais à alimenter le blog, mais peut-être avec moins de régularité. Ce projet me tient à cœur, je désire tout bien faire. Et vu que je fais tout, ça fera une sacrée somme de travail.
Si vous voulez plus d'info sur le projet, n'hésitez pas à cliquer sur le lien, vous pouvez même me faire une petite contribution. Plus le résultat de la récolte sera important, plus beau sera le produit fini!

jeudi 31 mars 2016

L'amitié





Puis un jour, l'amour frappe à ta porte. Il devient tout pour toi, tu te demandes comment tu avais fait pour vivre sans. Tu as besoin de lui, de cet amour au quotidien. Tu resterais avec joie sous la couette avec lui si les obligations du quotidien ne t'en empêchaient pas. Sans que tu ne t'en rendes compte, ta vie commence à s'organiser avec lui. Vous prévoyez vos weekends à deux, vous vous inscrivez aux mêmes activités. Tu l'attends quand il a des rendez-vous, tu rencontres ses amis et lui les tiens. Mais ce que tu cherches avant tout, c'est une proximité totale, tu veux être toujours plus proche de lui. Tu te rends compte que tu n'es bien qu'en sa présence. Tu te projettes, tu décides de vivre avec, tu te sens tellement épanouie à ses côtés. C'est normal d'être fusionnel quand on est amoureux. Tu aimerais faire savoir à la terre entière que tu vis dans une bulle d'amour, que tu es enfin heureuse, que tu a trouvé ton binôme. Les petites disputes du quotidien ne te dérangent pas, car tu sais qu'il est la seule personne qui te comprend réellement. Il te connait mieux que qui que ce soit, vous vous êtes tout de suite compris. Pourtant les disputes sont parfois des crises d'une telle violence que tu te fais peur. Tu cries, tu casses des objets, tu menaces de te jeter par la fenêtre. Tu as honte après, et vous ne reparlez pas de ces disputes, de ces moments de folie. Lui aussi se ridiculise, lui aussi te menace de retourner avec son ex, lui aussi te dit des choses épouvantables que tu ne mérites pas d'entendre. Malgré tout, vous tenez. Vous pouvez tenir des années ainsi. Ce n'est pas grave, votre couple est explosif, mais quand ça se passe bien, vous vous aimez tant, vous êtes si heureux, que vous savez qu'au fond vous avez de la chance de vous être trouvés. Cette relation bouillonnante et romantique finit pourtant par s'arrêter. Votre petite bulle éclate, et tu te retrouves seule, complètement nue, orpheline. Tu ne sais plus ou tu habites, tu ne sais plus manger seule, tu as perdu tous tes repères. Tu avais fondé tant d'espoir sur ton couple, tu t'étais tellement projetée, que tu ne sais plus de quoi pourrais être faite ta vie. Tu te sens seule et tu as envie de mourir. Tu ne peux pas t’empêcher de pleurer, bêtement pour rien. Tu fixes ton portable, en espérant avoir de ses nouvelles, mais il reste muet. Tu aimerais pouvoir parler à quelqu'un, lui confier à quel point tu souffres, mais tu ne sais pas à qui. Cet amour était la seule personne dans ta vie. Tu as oublié tout le monde autour, tu t'es laissée entrainer dans cette relation, sans prendre le soin de préserver ta vie personnelle, ton « jardin secret ». Tu vivais à travers lui, et maintenant, tu dois tout reconstruire. Tu hésites à appeler tes vieilles amies, ça fait tellement de temps que tu ne leur as pas parlé. Pourtant vous vous entendiez très bien à l'époque. Tu n'as pas pris de nouvelles depuis la fois ou tu leur avais encore fait faux bond mais que tu leur promettais un diner chez toi d'ici peu. C'était il y a combien de temps ? Un mois ? Tu réfléchis, tu comptes sur tes doigts. Oh, quatre mois déjà. Mais elles te manquent tant, elles t'aideraient à remonter la pente. 




Tu appelles ta meilleure amie, tu lui demandes comment elle va. Elle te répond froidement, ne s'intéresse pas à toi. Tu es vexée, lui dis que ça ne va pas. Tu as besoin d'elle. Elle est cruelle, elle te dit calmement qu'elle n'a pas le temps. Tu ne comprends pas. Elle t'explique qu'elle aussi a été mal ces dernières années et que tu n'étais pas disponible. Tu lui dis pourtant que tu as toujours été là, pas loin, que tu pensais beaucoup à elle, mais que tu étais occupée dans ta relation, que les choses évoluent, que ce n'est pas parce-que l'on se voit moins que l'on ne s'aime plus. Les relations d'adultes sont ainsi, les amitiés de collégiennes fusionnelles ne peuvent pas exister éternellement. Elle te raccroche au nez. Tu es déçue. Qu'as tu fait de mal ? En te consacrant à ton couple aurais-tu fait un mauvais calcul ? Pour toi l'amitié a toujours été important, comme pour tout le monde, mais jusqu'à preuve du contraire, passé l'age de la faculté, ce n'est pas avec ses amis que l'on vit, ni avec eux que l'on fait des enfants. Les amis c'est bien, ça nous fait rire mais ce ne sont pas eux qui vont te faire évoluer, atteindre tes projets. Et elle, ta sois-disant meilleure amie, qui prétend avoir beaucoup de principes, agit-elle correctement en te laissant tomber comme une chaussette au moment où tu se sent le plus mal ? C'est vrai qu'elle aussi s'est fait larguer et a perdu son job. Tu en avais entendu parler. Mais si elle ne t'a pas donné de nouvelle, tu as suppoés qu'elle gérait bien la situation, qu'elle s'en sortait très bien. Que fallait-il faire ? Aller la voir avec des chocolats et un paquet de mouchoirs ? Tout de même ! Nous ne sommes pas dans une série américaine ! Tu es à présent en colère contre ton ancienne amie. Elle t'a trahi, t'a mis un coup de couteau dans le dos. N'aurait-elle pas pu t'écrire ou t'appeler pour prendre de tes nouvelles ? C'était à toi de tout faire ? Elle a en effet parfois tenté de te joindre, mais tu étais très occupée, tu décrochais peu ton téléphone et tu oubliais de répondre à ses sms, mais savoir qu'elle pensait à toi te faisait tout de même plaisir à l'époque où tu étais en couple... Non. A vrai dire, tu te fichais d'avoir de ses nouvelles. Tu te fichais qu'elle s'intéresse à toi. Tu étais bien trop occupée à être amoureuse et à t'idéaliser une jolie vie de couple. Tu te fichais de savoir comment elle allait. Parfois tu pensais à elle, tu te disais que tu devais l'appeler, tu culpabilisais un peu, puis, tu chassais cette idée du revers de la main. Elle encombrait à ton bonheur, elle ne te laissait pas assez de liberté. Tu n'as pas entretenu votre relation car tu n'en avais pas envie. Mais à présent que tu te sens mal, tu te rappelles à quel point elle t'a été fidèle, tu te rappelles que vous vous connaissez depuis des années, et que finalement, elle te connait surement aussi bien que ton ex. Tu te souviens qu'elle t'a fait rire, t'a soutenue, t'a contredit quand tu te trompais, et tu as à présent besoin de son point de vue afin d'avancer. Tu as besoin de ton amie, tu aimerais que les choses redeviennent comme avant. Tu as fait une erreur en la délaissant, car tu réalises tout ce qu'elle a pu faire pour toi. Tu te dis qu'elle t'a sincèrement aimé et respecté. Que l'amour que tu avais n'était peut être même pas aussi fort que votre amitié. Les amis durent alors que la vie de couple peut-être éphémère. Comment as-tu pu autant t'emballer quand tu es tombée amoureuse ? Tu te sens ridicule d'avoir tout plaqué pour cet imbécile. Tu te dis que finalement, de vrais amis sur qui compter peuvent tout à fait combler ton manque d'affection. Au moins, le temps de trouver un nouveau mec. 


vendredi 18 mars 2016

Fais pas ta pute, montre moi ta chatte

Pour la petite histoire, j'ai rédigé cette nouvelle après avoir demandé mercredi dernier à mes contacts facebook de m'envoyer une photo qui les inspirait. Je suis partie de l'une d'entre elles (l'image est plus bas) afin d'en arriver là:

Au chômage depuis trois mois, sa journée s'était organisée autour de son rendez-vous avec sa conseillère du Pole emploi. Elle y était allée pour lui expliquer que ses recherches étaient toujours au point mort et qu'elle ne trouvait rien dans son domaine. Elle avait pourtant un master en psychologie, mais même à Paris, elle n'avait rien de convenable, hormis quelques remplacements qui ne lui correspondaient guère. Elle essaya de prouver à son interlocutrice que sa motivation n'était pas à remettre en cause dans sa recherche. Elle tenta de lui faire comprendre qu'à 25 ans, devoir retourner dans sa chambre d'ado chez ses parents n'était pas un projet qu'elle avait envisagé quand elle avait entamé ses études. Elle entrepris de lui prouver qu'elle préférait sincèrement se lever pour quelque chose qui l'animait, plutôt que d'être fauchée et rester à glander devant la télé tous les jours. Mais sa conseillère n'écoutait rien, elle lui rappelait étrangement sa professeur de SVT au lycée : elle ne la croyait pas réellement intéressée et motivée par le sujet. Elle voulait la punir, ça se voyait dans ses expressions. Elle plissait légèrement les yeux et pinçait la bouche en l'écoutant parler. La conseillère lui reprocha de ne pas faire de formation, et lui rappela qu'elle pouvait tout de même faire l'effort de se trouver un petit boulot en attendant. Elle la revoyait tapoter sur son ordinateur. « Là, vous voyez, vous avez un poste d'agent de sécurité dans le 18ème. Vous ferez le filtrage, des rondes d'accès... C'est un CDD, mais renouvelable  
-Ce n'est pas ce que j'ai envie de faire, répondit-elle du tac au tac.
- Eh bien avec tant de mauvaise volonté, ne vous étonnez pas si l'on vous enlève vos aides au bout d'un moment. On ne fait pas toujours ce qu'on veut. »
Elle n'avait aucune envie d'argumenter. Elle n'avait aucune envie de lui dire que si elle avait fait cinq ans d'études dans une filière spécifique ce n'était pas pour faire agente de sécurité, ne serait-ce que l'espace de trois jours. Elle avait encore une dignité, elle ne la salirait pas pour de l'argent. Elle savait que son point de vue était méprisé, qu'elle se faisait passer pour une feignasse qui se laissait porter par la société, mais ce n'était pas de sa faute si cette prétendue société ne lui proposait rien qui lui correspondait. Elle n'avait aucune intention de se plier à ce chantage, et même si elle souffrait de vivre chez ses parents, même si elle se sentait vue comme une inadaptée, une marginale, comme un gros boulait qu'il fallait contrôler et dépanner, elle se refusait d'être agente de sécurité. Chacun son truc.

Il était 16h quand elle quitta le Pôle Emploi et qu'elle prit le métro, puis le RER pour rejoindre sa maison. C'étaient les heures de pointe, mais elle était trop frustrée par son rendez-vous pour se laisser déranger par la foule. Elle était debout, le regard posé sur ce jeune couple qui n'arrêtait pas de s'embrasser. Elle se sentait incomprise, et même si elle avait conscience de penser de manière ridicule, elle trouvait que rien ne tournait rond. Elle était une victime persécutée par le monde entier, personne ne l'aimait. Pas de boulot, pas d'appart, pas de mec. Comment peut-on être plus nulle ? Elle regarda son portable à plusieurs reprises, personne n'avait pris de ses nouvelles. Elle faisait défiler les images de son Facebook, qui la rongèrent encore plus. Ses amis postaient des images de leurs vies bien remplies : leurs voyages, leurs projets, leurs achats. Elle ne pouvait rien se permettre de tout ça, elle se sentait au point mort. Elle n'avait qu'une hâte, rentrer dans sa chambre et se cacher sous sa couette, même si il faisait beau et chaud. Sinon, elle pouvait se prendre une grosse cuite qui la clouerait au lit pour trois jours, ou, mieux, se faire un marathon des quatre saisons de Newport Beach jusqu'à la fin de la semaine. C'étaient ses deux remèdes doudou depuis presque dix ans, et vu qu'elle n'était qu'une chômeuse, qu'une pariât de la communauté, elle avait du temps à tuer.

C'est à ce moment là qu'elle remarqua qu'un homme, debout face à elle, la dévisageait avec insistance. Ce n'était pas la première fois que ça arrivait, mais elle préféra détourner le regard. Elle trouvait toujours ces manières très intrusives, mais elle finit par le regarder furtivement. Il se lécha les lèvres de manière équivoque en la dévisageant. « Beurk »-se dit-elle en son fort intérieur « encore un pourri». Puis, elle tira sur sa jupe, pour cacher ses jambes, comme si elle avait quelque chose à se reprocher. Elle regardait par terre, fixait un point dans le vide, préférant l'ignorer.
« He ! Salut toi ! T'es mignonne tu sais ! » Le mec en question s'était mis à lui parler. Sa voix était assez forte, quelques personnes sursautèrent étonnées, puis, repartirent dans leurs pensées. Elle fit comme si elle ne comprenait pas qu'il s'adressait à elle, continua de fixer son point imaginaire.
« He ho ! C'est à toi que je cause ! Tu sais que t'es bonne dans ta petite jupe moulante ? »
Elle était terriblement mal à l'aise, elle farfouilla dans son sac, en quête de ses écouteurs, afin de ne plus l'entendre parler, mais elle ne les trouva pas. En désespoir de cause, elle repris son portable et fit défiler ses mails pour la énième fois en vingt minutes.
« Dis donc ! C'est pas par ce que t'es bonne que tu dois me bêcher la miss! Tu préfères pas que je t'amène à l’hôtel et que je te défonce par tous les trous ? » Autour d'elle les gens baissaient le regard, ils étaient aussi gênés qu'elle. Elle se sentait rougir, et ses mains devinrent particulièrement moites. Elle aurait souhaité que quelqu'un le fasse taire. Cet homme qui lisait son journal aurait pu se lever et prendre la parole, ou même ce groupe de jeunes qui riait fort il n'y avait même pas deux minutes, ou ce couple qui semblait subitement absorbé par une tache sur le strapontin. Mais personne ne dit rien.
Elle ne pouvait compter que sur elle pour riposter :
« Laissez moi tranquille »-Murmura t'elle.
«Sois pas farouche, je vais m'occuper de toi comme il faut, t'inquiètes ».
« Putain, je fais quoi ?- pensait-elle- Il me reste encore huit stations avant de sortir, c'est l'heure de pointe, si je retourne sur le quai, j'en aurais encore pour une heure trente avant de rentrer chez moi. D'un autre côté, il commence à vraiment me mettre mal à l'aise ».
Il fit un pas vers elle, il se faufilait entre les gens, il n'était plus qu'à une cinquantaine de centimètres d'elle. Elle s'agrippa à sa barre, elle sentait la nausée monter. « Ne t'angoisses pas, tu n'es pas seule, il ne pourra rien faire avec tout ce monde autour. C'est juste de la provocation, ne fais pas attention ». C'est alors que l'homme lui saisit la main avec force. Puis, d'un geste machinal, il lui fit faire des allés-retours suggestifs sur la barre de métro. Elle avait beau essayer de dégager sa main, il était physiquement plus fort qu'elle et la pression était beaucoup trop grande pour qu'elle puisse sortir de son emprise. Elle voulait crier, lui dire de cesser, mais elle n'arrivait pas à parler. Elle sentait sa gorge nouée par de gros sanglots prêts à sortir. Elle détourna le regard, les secondes devenaient interminables. Les gens atour étaient devenus invisibles, autant que la scène leur semblait inobservable. On aurait dit qu'il ne se passait rien d'anormal.
Le visage de l'homme n'était plus qu'à quelques centimètres du sien, quand il lui souffla tout en lui continuant de lui saisir la main « Allez, fais pas ta pute, montre moi ta chatte ! »
Elle essaya de nouveau de se dégager, elle voulait sortir à l'arrêt suivant mais elle était glacée, comme pétrifiée. Elle avait beau se démener, elle n'arrivait pas à reprendre suffisamment de forces dans ce combat silencieux. C'est à ce moment là, que tout en lui gardant la main plaquée à la barre, qu'il lui remonta la jupe, et inséra son autre main dans sa culotte. Le geste ne dura que quelques secondes, juste le temps d'explorer son anatomie. Pour elle, le temps s'arrêta. Sa vue se brouilla soudainement, et elle se senti envahie par la honte. Elle vit comme un objet, son intimité exposée à tout le monde. Elle suppliait les gens du regard. A sa gauche, une jeune femme assise fit semblant de dormir, et mis son pull sur les yeux, une vieille dame sembla soudainement absorbée par son dernier roman de Marc Lévy, et, elle remarqua un jeune costaud augmenter le son de ses écouteurs. Personne ne réagissait. La rame était silencieuse, paisible. Elle voyait les immeubles et les tags de la périphérie défiler à toute allure, elle voyait les dernières lueurs du soleil percer les nuages et se poser sur cette jeune femme au visage cachée sous son tricot. « Achevez-moi ».
Elle avait l'impression d'être sortie de son corps, que ce qui se passait n'était pas réel, qu'elle finirait par se réveiller.


Le métro s'arrêta à sa halte, l'homme sortit immédiatement la main de sa culotte, elle baissait les yeux, elle ne voulait pas qu'il voit qu'elle pleurait, elle ne voulait pas qu'il croit qu'il avait pris le dessus sur elle. Elle lui aurait bien craché à la gueule, mais il partit sans se retourner, en sifflant la marseillaise. Elle se retrouva en plein milieu de la rame de métro, sa jupe relevée, les jambes chancelantes, le cœur battant à la chamade. Personne n'osa croiser son regard, personne ne lui dit un mot, personne ne lui céda sa place. Elle finit son trajet debout, silencieuse, choquée, sa main toujours accrochée à sa barre qu'elle avait branlé une vingtaine de secondes. Finalement, peut-être que les gens n'avaient rien vu ? Tout avait été si rapide, peut-être qu'ils n'avaient pas remarqué qu'il lui avait pris la main avec force, et qu'il avait furtivement plongé la main dans sa culotte ? Non. Elle savait très bien que ce genre de geste n'était pas anodin, et qu'il se distinguait des autres. Elle savait très bien que tout le monde avait vu.

Elle rentra chez elle salie, honteuse, coupable, en colère. Elle se doucha plusieurs fois, se jura de ne plus jamais remettre de jupe, puis, regarda Newport Beach.